PHILIPPE CHABOT

chabphil@gmail.com

2015 - 2012/2014 - 2010/2012

 

Ground Zero (Triumph of Mt. Kékéko)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Note

 

2012/2015

 

Mes méthodes sont assez intuitive, elle se laisse guidé par mes intérêts quotidiens aussi bien que par les explorations en atelier.

J'utilise des stratégies de transformation, de production et de déconstruction de l'image. Dans cette série (PW4000), je m'investi dans la structure logique aussi bien que sensible de l'oeuvre; c’est par des gestes liés au langage de la peinture que j’explore la structure, la mécanique et l’évolution de l'image, c'est pour cette raison que même si les proposition se déploient dans l'espace, dans de multiples dimensions, je les considère encore fermement comme un travail de peinture.

J'explore maintenant une mise en espace du tableau. des modules temporels à la fois présentés et représentés dans lequel le processus de création est intégré à l'œuvre elle-même.

Je crois que dans l'harmonisation entre cognition et sensation peut se révéler un échange riche entre l'oeuvre et le public. Ils coexistent tout deux non seulement dans l'espace physique, mais dans le temps; à la fois celui de sa réception, et celui de sa création.

Mon intérêt grandissant pour la machine, la vitesse, le temps m'a confronté à des influences visuelles marqué par une approche logique et rationnelle de l'univers. Formellement, la composition de mes tableaux est devenue plus géométrique, et conséquemment plus construite. On y retrouve des jeux optiques basés sur des notions de perspectives, des juxtapositions d'aplats de couleurs et des effets de surface où l’image peinte révèle des machinations anxieuses et chaotique.

 

 

2012/2015

 

In my practice, I explore different strategies of transformation, production and deconstruction of the image; I invested myself in the process, in the logical and sensitive structures of the work; it is through creative gestures related to the language of painting that I nowexplore the structure, mechanics and evolution of the image.

I explore the notion of space and aims to integrate clues about the creative process to the final form of the work. In my opinion, this harmonization of both cognitive and sensitive ordercreate a bigger dialogue between the work and the audience; they can coexist not only in space but also through time; the time of its reception, but also the one of its creation.

My growing interest in the logical and rational ways of understanding of the universe has transformed my work. Formally, the composition of my paintings became more geometric, and consequently more constructed. It includes optical games based on the concepts of perspectives, flat colors and juxtapositions of surface effects where the painted image reveals anxious and chaotic machinations.

 

 

 

 

 

 

 

 

H's Paradox

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ARCHE SOLAIRE

 

2015

(nouvelle)

 


Vous y êtes arrivé une fois la nuit tombée. C’était au bout du monde, ou peut-être en son centre, ce n’est plus clair dans vos souvenirs. La première rencontre fut expéditive et pragmatique, il se contenta de vous escorter à votre chambre, la visite des lieux et les présentations officielles iraient au lendemain matin. Il était déjà tard et vous comptiez une bonne dizaine d’heures de route depuis votre dernier arrêt.

À la levée du jour, Arvo Thomson se révéla être un homme particulier, mais c’est lors de la visite de la propriété vous avez tout de suite compris que vous aviez affaire à quelqu’un d’exceptionnellement maniaque et obsessif. C’était compréhensible. Après tout, il fallait bien être un minimum fou pour construire soi-même, depuis quinze ans, en plein cœur du désert, une habitation aussi ambitieuse.

Faite entièrement de matériaux recyclés, la maison se déployait tout en longueur. Dans chacune des pièces, côté sud, se trouvaient d’immenses serres, dans lesquelles on pouvait récolter fruits et légumes à longueur d’année. Une fois par mois, Arvo redescendait au village vendre une partie de sa récolte. Ceci lui fournissait juste assez d’argent pour s’acheter une quantité impressionnante de whisky et de bière qu’il s’empressait d’engloutir.

Ce qui vous étonna le plus c’était probablement la rigueur avec laquelle Arvo avait développé l’ensemble du système d’alimentation énergétique pour la maison. Une combinaison ingénieuse entre différentes sources d’énergie qui nécessitait une attention régulière. Il vous faudrait veiller jour après jour à son bon fonctionnement. Ceci impliquait par exemple le ménage quotidien des différents panneaux solaires, la mise en place des panneaux d’isolation au lever et au coucher du soleil, sans oublier la collecte des excréments du poulailler pour alimenter le digesteur de méthane. La maison s’apparentait à une immense machine organique ajustée au quart de tour. C’était à vous de veiller à son rendement et à son efficacité.

Votre arrivée, somme toute assez imprévue, réjouissait votre hôte qui voyait dans votre présence la chance d’enfin s’engager dans d’autres projets d’expansion du domaine. Chaque repas était l’occasion pour M. Thomson de réunir ses invités afin de partager les développements et les anomalies des nombreux projets en cours.

La grande maison était sans aucun doute la plus chaotique de toutes les sections du bâtiment. Dans un coin se trouvait une petite pièce toujours mal éclairée dans laquelle Arvo Thomson s’incrustait tous les soirs pour dormir. Il vous fallut un certain temps pour vous acclimater au niveau d’hygiène de l’endroit. Pour lui la propreté n’était certainement pas une priorité, ce qui comptait d’abord et avant tout c’était l’efficacité, et ce, sous toute ses formes.

À plus d’une reprise, Thomson vous surprit en comptant silencieusement le nombre de pas de vos allers et venues dans la maison. Il vous accostait ensuite pour vous questionner sur la manière dont vous auriez pu accomplir les mêmes tâches de façon plus efficiente.

Thomson avait beau être du type militaire dans ses relations sociales, chaque soir, il vous invitait à prendre une pause de quelques minutes pour observer le coucher de soleil. Obligatoirement, il vous demandait de noter le coucher de soleil sur une échelle de 10. Ceci vous agaçait profondément. L’exercice futile ne semblait pas respecter la logique générale du vieillard. De plus, les notes que vous osiez accorder semblaient toujours être trop élevées pour ses standards. Vos sentiments, même les plus subjectifs d’entre eux, devaient-ils eux aussi être systématiquement régis par une structure quantitative et une position critique? Pourtant, l’homme était sensible malgré tout. L’événement affectif le plus authentique dont vous auriez pu témoigner pendant votre séjour était certainement le retour tant attendu de son animal de compagnie après quelques semaines d’absence mystérieuse.

Le corbeau était le réel maître des lieux. Arvo avait adopté la bête dès son plus jeune âge et lui vouait une admiration divine. Même s’il lui avait appris une série de tour et de manigances, l’animal restait décidément sauvage et libre d’entrer et sortir dans toutes les pièces de la résidence. Arvo avait d’ailleurs conçu un système interactif qui permettait à l’oiseau d’ouvrir d’un simple coup de bec une toute petite porte tout en haut du salon. De nombreux perchoirs étaient disposés dans la demeure et vous étiez contraint d’éviter tout mouvement ou son brusque en sa présence.

Lors d’un souper silencieux sous le regard de l’animal, vous avez tenté de questionner votre hôte sur les sources de ses connaissances infinies. Arvo vous expliqua, sans trop comprendre votre admiration, que l’ensemble des technologies qui vous entourait était pour la plupart bien documentées et à portée de main pour quiconque possédant un minimum de curiosité et de débrouillardise. Ça se résumait concrètement chez lui à une petite poignée de livres et d’encyclopédies dans la bibliothèque juste en dessous des romans de science-fiction. Selon Arvo, le progrès humain allait se révéler dorénavant par notre capacité à comprendre que les outils et les techniques dont nous avons réellement besoin sont déjà en place. « L’homme n’a besoin que du courage de renoncer à quelques-unes des opulences matérielles et esthétiques auxquelles il s’est habitué depuis quelques générations », dit-il.

Vous restiez silencieux, son raisonnement vous apparaissait un peu simple, mais la qualité de vie exceptionnelle qu’offraient les lieux mis à part le caractère explosif de l'homme lui donnait étrangement raison.

Il enchaîna, sans attendre de réponse de votre part : « Pour trop de gens, progrès et créativité rimaient avec profit et nouveauté. Dans tous les milieux, les gens deviennent obsédés par l’innovation. Les chercheurs se spécialisent sans cesse, on cherche de manière ultra locale sans pour autant trouver des réponses à des problèmes globaux. Ne me considère surtout pas comme un spécialiste, c’est la pire des insultes. Ce que je sais, je l’ai appris dans les livres et si les réalisations de cette maison sont aussi variées et intégrées entre elles, c’est que j’ai réussi à garder avec les années une approche globale qui tient compte de tout les enjeux, aussi bien économiques, biologiques que philosophiques. Ma capacité à résoudre des problèmes, ma démarche créative comme tu dis, s’inscrit au quotidien. Elle avance à petits pas. Aujourd’hui, elle a pris forme dans le jardin et demain ce sera dans le moteur rafistolé de mon camion. C’est une science ordinaire, qui ratisse large, qui change constamment de forme et de direction, mais c’est selon moi la plus nécessaire ». D’un mouvement soudain, mais hésitant, Arvo visiblement énervé cogna son poing sur la table comme pour forcer la ponctuation de son monologue. Vous n’écoutiez plus depuis un bon moment déjà, c’est plutôt la réaction du corbeau et son cri aride qui vous aura fait sursauter.

Les semaines passèrent et l’automne annonça sa fin. Ensemble vous avez prévu construire un immense abri pour protéger l’inventaire de bois laissé à l’abandon dans un champ non loin du poulailler. Au rythme soutenu d’une dizaine d’heures par jour, ensemble vous êtes arrivé à mettre en place une impressionnante structure imperméable. Et ce, à peine quelques heures avant la première tempête de neige de la saison, une coïncidence qui plaisait à tous.

Un soir, sans aucune raison apparente, vous avez remarqué que malgré la variété de nourriture relativement limitée, vous mangiez exactement le même repas que la veille. C’était une première. Quand bien même qu’Arvo dressait méthodiquement la liste des ingrédients et des techniques de chacun des repas sur des bouts de papier, jamais il ne répétait les recettes. Au contraire, il semblait à son habitude ne jamais vouloir les reproduire.

Le lendemain matin, vous vous leviez avec l’idée ferme de quitter les lieux, un sentiment indéniable, mais aux raisons incertaines. Vous avez décidé de l’annoncer à votre hôte en après-midi pendant une expédition sur les terres voisines. Sur le coup il tenta de feindre la surprise, comme si quelqu’un lui en avait déjà glissé un mot quelques instants auparavant. En moins de quatre heures, l’ensemble de vos possessions était déjà chargé dans la voiture et vous quittiez le ranch. Pour la première fois, vous aperceviez les canyons qui longeaient les routes vers la métropole. Le soleil d’un rouge aveuglant se couchait droit devant.

Un six et demi, à tout le moins.